Montpellier : tétraplégique, il porte plainte pour discrimination contre les organisateurs de “Panorama” sur le rooftop du Corum

Estimant avoir été exclu d’un événement culturel estival organisé sur le toit du Corum en 2024 et 2025, Emmanuel Hunault, tétraplégique depuis plus de 40 ans, a déposé plainte contre X le 5 février 2026 devant le tribunal judiciaire de Montpellier. Il vise notamment la société Tropisme, la Ville et la Métropole de Montpellier pour discrimination et non-respect d’une obligation d’accessibilité. Une affaire désormais entre les mains de la justice.

par Cyril Durand

Publié le 13 février 2026 à 19h20 · Modifié le 14 février 2026 à 07h26

Emmanuel Hunault souhaite faire entendre sa voix face à une situation qu'il juge injuste. © C. D. / Hérault Tribune
Emmanuel Hunault souhaite faire entendre sa voix face à une situation qu’il juge injuste. © C. D. / Hérault Tribune

“Une injustice”, ni plus ni moins, lance avec une voix aussi douce que déterminée Emmanuel Hunault, depuis le fauteuil dans lequel il est cloué depuis plus de 40 ans. Il vit à Montpellier et se déplace uniquement en chaise roulante électrique. Depuis deux ans, il affirme ne pas pouvoir accéder aux animations estivales organisées sur le toit du Corum baptisées “Panorama”, dans le cadre des “Permis d’imaginer” portés par la Ville et la Métropole de Montpellier. “J’ai le sentiment d’avoir été discriminé, carrément mis à l’écart d’une manifestation culturelle et festive en raison de mon handicap”, résume-t-il.

Selon lui, le fait que la première édition en 2024 était non accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR), pouvait encore s’expliquer par un manque d’anticipation. Mais la situation s’est reproduite en 2025 malgré des alertes : “Ils avaient largement le temps de trouver une solution, d’autant qu’il existe des dispositifs techniques pour monter les escaliers en fauteuil roulant.” Le plaignant évoque notamment des équipements comparables à ceux utilisés lors des Jeux olympiques permettant de franchir des marches avec un fauteuil électrique.

Un accès limité au seul belvédère

Sur place, en 2025, les personnes à mobilité réduite pouvaient atteindre le salon du Belvédère par ascenseur, mais pas le toit où se déroulaient la majorité des animations. “Toute la communication était axée sur le toit, pas sur la salle fermée du dessous”, insiste Emmanuel Hunault. Il décrit un espace “cloisonné, très chaud et peu fréquenté” – photos à l’appui -, sans commune mesure avec l’événement principal en plein air.

Photo de l'espace intérieur du "Belvédère" prise le 20 juin 2025 à 20 h 3O. © DR
Photo de l’espace intérieur du « Belvédère » prise le 20 juin 2025 à 20 h 3O. © DR

Le cahier des charges de l’occupation estivale, que nous avons consulté, mentionnait d’ailleurs explicitement que la toiture-terrasse n’était pas accessible aux personnes à mobilité réduite tandis que le Belvédère l’était. Pour lui, cette différence de traitement constitue une exclusion : “Ne pas pouvoir aller à un événement au seul motif que nous sommes handicapés, c’est une frustration et un isolement social”, estime-t-il.

Une plainte pour discrimination et obligation de résultat

La plainte déposée le 5 février 2026 vise notamment la société coopérative Tropisme – prise en la personne de son représentant légal Vincent Cavaroc – ainsi que la Ville et la Métropole de Montpellier. Elle s’appuie sur deux fondements principaux : la discrimination en raison du handicap et la violation d’une obligation de résultat en matière d’accessibilité. Le dossier évoque un établissement recevant du public qui doit garantir l’accès aux prestations quelles que soient les limitations des usagers.

Photo de l'espace extérieur du "Belvédère" prise le 20 juin 2025 à 20 h 3O. © DR
Photo de l’espace extérieur du « Belvédère » prise le 20 juin 2025 à 20 h 3O. © DR

Selon l’argumentation juridique, le fait de proposer des prestations différentes ou un accès partiel pourrait constituer une infraction pénale. Le plaignant affirme par ailleurs qu’aucune dérogation préfectorale n’aurait été demandée, condition normalement requise en cas d’impossibilité technique.

Des alertes déjà anciennes

Ce recours judiciaire intervient après plusieurs démarches restées sans suite (contacté, le parquet de Montpellier n’a pas donné suite à nos demandes d’informations sur le sujet). Le 18 août 2025, Emmanuel Hunault avait déjà déposé une première plainte pour discrimination et non-respect de la loi sur l’égalité des chances. Tout comme Dominique Minana le 29 août 2025, militante de longue date pour les droits des personnes handicapées et elle aussi en fauteuil roulant.

Cette dernière explique avoir décidé de porter plainte après avoir constaté un décalage entre la communication officielle et la réalité de l’accès au site. “On prétend que le rooftop est accessible, alors qu’il n’y a pas d’ascenseur, uniquement des marches. En réalité on a accès seulement au belvédère, c’est-à-dire le balcon du dessous, pas au lieu où se trouve tout le monde”, dit-elle. Elle indique n’avoir reçu aucune nouvelle après son dépôt de plainte d’août 2025. “Je ne conçois pas qu’en 2026 on ne puisse pas être avec tout le monde”, regrette cette Montpelliéraine. Elle avait manifesté avec une “petite quinzaine de personnes”, dont M. Hunault, devant le Corum pour dénoncer l’inaccessibilité de l’événement lors de son inauguration estivale, le vendredi 13 juin 2025.

Sans titre (4200 x 2400 px) copie 2.png
La manifestation organisée devant le Corum le vendredi 13 juin 2025. © DR

Vincent Cavaroc réagit

Contacté par Hérault Tribune, Vincent Cavaroc indique que la société Tropisme intervenait dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt porté par la Ville et la Métropole et so,n aménageur Altémed via le dispositif d’urbanisme transitoire Permis d’Imaginer. L’exploitation du toit du Corum a fait l’objet des autorisations réglementaires nécessaires de la part de la Ville, notamment d’une autorisation de manifestation exceptionnelle et d’une validation par la commission de sécurité.

Il souligne que les règles d’accessibilité étaient définies dès le départ comme ceci dans l’appel à projet du “Permis d’imaginer – Panorama” (que nous avons consulté) : “La toiture terrasse n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite. Le salon du Belvédère est accessible aux PMR et des mesures compensatoires doivent être proposées.”

Tropisme a « optimisé l’offre » pour les personnes handicapées

Ainsi, l’organisateur affirme avoir “mis en place le plus de mesures compensatoires possibles et optimisé notre offre proposée aux personnes en situation de handicap” au Belvédère : bar et de restauration, programmation culturelle dédiée, retransmission d’événements, activités de loisirs, mobilier adapté et aide humaine.

En effet, un dispositif d’accompagnement permettait également d’accéder au toit : “Nous avons formé notre personnel d’accueil et mis en place une procédure permettant à toutes personne PMR d’appeler notre chargé d’accueil (avec numéro disponible à l’entrée PMR côté ascenseur) pour que celui-ci puisse accueillir la personne à la sortie de l’ascenseur et lui proposer une aide pour monter la personne sur le toit-terrasse, et la redescendre ensuite. Ce dispositif visant à compenser le manque structurel par un accueil humain n’a rien de règlementaire mais a permis à de nombreuses personnes à mobilité réduite de monter sur le toit terrasse. Cela a été très apprécié par ces personnes.”

“Nous avons conscience que ces mesures ne sont pas la hauteur des espérances du plaignant »

Vincent Cavaroc rappelle toutefois les limites de son rôle : “Nous avons conscience que ces mesures ne sont pas la hauteur des espérances du plaignant, mais n’étant pas propriétaire du lieu, nous n’avons pas d’autres leviers, car notre statut d’occupant éphémère ne nous permet aucunement d’entreprendre des travaux sur ce bâtiment qui ne nous appartient pas et dont chaque travaux doit être encadré par les bâtiments de France. Autrement dit, nous n’avons absolument pas le droit de toucher à la structure du bâtiment pour rendre accessible le toit-terrasse. » Et de renvoyer la question des aménagements futurs à la collectivité, “les aménagements structurels relevant de [sa] responsabilité”.

Des travaux programmés dès 2026 selon Ville et Métropole

La Ville et la Métropole de Montpellier, quant à elles, insistent auprès de Hérault Tribune sur le fait que Panorama, “rendez-vous éphémère organisé durant les étés 2024 et 2025 avait une dimension expérimentale” mais espèrent pouvoir pérenniser l’événement “au regard [de son] succès”. Ainsi, “pour que cela soit possible, des travaux sont programmés dès 2026 avec un objectif de mise en accessibilité de la toiture et de la zone héliport d’ici mai 2027”.

Pour cela, “la Métropole a mandaté un bureau d’études pour étudier la faisabilité de prolonger un ascenseur du site jusqu’en toiture. Le travail est en cours. Sera suivi d’une mission de maîtrise d’œuvre pour la réalisation d’un ascenseur et d’une rampe d’accès à l’héliport ainsi que la fin de la mise en conformité intérieure des locaux.” Enfin, elle rappelle que “pour l’édition 2025, une partie de la programmation (Belvédère) était accessible”.

“Faire reconnaître la discrimination”

Des arguments qui ne feront peut-être pas plier le plaignant. Car au-delà de son cas personnel, Emmanuel Hunault dit vouloir provoquer une prise de conscience : “J’espère que la discrimination sera reconnue et que les personnes non concernées dénonceront aussi ces injustices, car notre voix n’est pas assez entendue.” Il se dit d’autant plus révolté que la communication autour de l’événement mettait en avant l’inclusion : “C’était une communication sur la tolérance et l’intégration… sauf pour les personnes handicapées.”

Contactée, son avocate, Me Tamaris Fürstenheim, du cabinet Quartier Libre, indique que “le code pénal sanctionne la discrimination fondée sur le handicap dans un lieu accueillant du public d’une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende”. Et de poursuivre : “Ce qu’a subi Monsieur Hunault est une exclusion violente de la vie collective, en raison de son handicap. Sa plainte pour discrimination est courageuse, et dépasse largement son cas personnel. J’ose croire que le procureur traitera cette plainte avec la gravité qu’elle mérite.” Affaire en cours, affaire à suivre.

https://echo-des-tribunes.com/herault-tribune/articles/montpellier-tetraplegique-il-porte-plainte-pour-discrimination-contre-les-organisateurs-de-panorama-sur-le-rooftop-du-corum